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Le ski nordique, de village en village, sur les sentiers des Routes Blanches

Tracer la neige fraiche en ski et faire sa trace en explorant l’arrière-pays, c’est le principe même du ski nordique, le ski des grands espaces. L’objectif est de réaliser un parcours comportant une alternance de montées et de descentes. En comparaison, le matériel de ski de fond est souvent plus léger pour aller chercher la glisse, alors qu’en ski nordique, on cherche la portance pour la neige plus profonde, un peu plus de contrôle sur des sentiers tracés. Quatre disciplines sont comprises dans le ski nordique : le classique, le pas de patin, le ski hors-piste (de randonnée) et le télémark. On utilise également les « peaux de phoques » (revêtement textile recouvert de poils synthétiques ou naturels) pour éviter au skieur de glisser en arrière lors des montées.

Saviez-vous qu’au Québec, la région des Laurentides, au nord de Montréal, regorge de lacs, forêts et montagnes, un territoire vaste pour les amateurs de plein air et de grande nature? Saviez-vous qu’elle a acquis le titre de berceau du ski nordique en Amérique du Nord au début du XXe siècle? En raison de la richesse de son histoire et de ses domaines skiables parmi les plus anciens du Canada, de son vaste réseau de sentiers totalisant 1500 kilomètres à son apogée, elle est devenue ce berceau, un vrai paradis de la glisse, des sports d’hiver au Québec. Le ski nordique deviendra un puissant moteur de développement dans la région. En 1927, un train réservé aux skieurs sera inauguré, transportant certains hivers plus de 100 000 passagers. La région estime, à travers le ski nordique, à 800 kilomètres de sentiers hors-pistes, le plus important d’Amérique du Nord! 

Je vous invite à découvrir à travers mon expérience en ski nordique, « Les Routes Blanches », projet de la SOPAIR (Société de plein air des Pays-d’en-Haut). Un parcours sur des pistes légendaires, des itinéraires qui font renaître de ces cendres le voyage ski aux pieds, où il est possible de skier de village en village, comme à l’époque de Jackrabbit! Leur mission : faire revivre une histoire plus que centenaire. Les Routes Blanches se déclinent en trois parcours, Est, Ouest et Nord, de 10 à 20 kilomètres par jour, et sont disponibles selon l’expérience, certains sont guidés, d’autres sont proposés en formule auto-autoguidée.

Adepte de télémark d’ascension, qui consiste à gravir les montagnes à l’aide de peaux d’ascension et à descendre des versants en quête de poudreuse, et de ski de fond, je n’avais pas expérimenté le ski nordique jusqu’à ce que l’on me propose de participer en février, à l’expédition des Routes Blanches. Le secteur Est, un parcours guidé, avec le luxe de profiter d’hébergements de charme, de repas inclus et du service de transport de bagages!

Quoi de plus inspirant, motivant, que de revivre l’expérience de skier de village en village dans l’arrière-pays comme on le faisait si bien par le passé. Du bonheur blanc nous attendait après la tempête de neige. Lors de mes premières escapades de plein air dans la région, en télémark, une des plus anciennes techniques de ski nordique, j’ai skié dans de nombreuses stations de ski, de Mont-Tremblant à Sommet Saint-Sauveur en passant par Sommet Morin-Heights et Mont Blanc. Je me rappelle que sur une piste du nom de « Jackrabbitt » m’avait interpellé! 

Jour 1 – De Val-David à Val-Morin 

C’est après la tempête qui a déposé un bon 80 centimètres de neige, sous un ciel  bleu, un bon -20 degrés, sous des des conditions idéales que nous débuterons le parcours Est des Routes Blanches, 45 km de Val-David à Prévost en 3 jours, accompagné de notre guide Jean-François Girard. Antoine et Mélissa de Montréal, le rencontrent à Prévost pour prendre l’autobus jusqu’au magasin de plein air Roc & Ride à Val-David, où ils ont loué leur équipement. Je les attends avec Geneviève. Elle a organisé l’expédition pour Windigo Aventures* dans le cadre des forfaits Explore*. Elle passera la journée dans son terrain de jeu, l’arrière-pays du parc régional Val-David- Val-Morin. 

Après avoir vérifié nos équipements, enfilé nos sandwichs préparés par la microbrasserie Shawbridge, et grignotines du jour dans nos sacs à dos, nous prenons une marche sur la rue principale, jusqu’à l’ancienne gare de Val-David où nous pourrons chausser les skis sur la piste du P’tit Train du Nord, que nous emprunterons en direction de Sainte-Agathe-des-Monts pour quelques centaines de mètres. Une belle façon de nous échauffer. Puis nous tournons le dos à la piste tracée, en vue de skier dans d’étroits sentiers bien enneigés, en hors-piste, au cœur de forêt. Un pas à la fois, une montée, une descente à la fois, je glisse, je monte, concentrée sur mes mouvements, sur ma respiration qui s’est activée. En théorie, avec mon expérience en télémark et ski de fond, cette journée s’annonce facile. Cependant, c’est un nouveau rythme, je prends tranquillement le mien et non celui des autres qui ont décollé bien vite pour mes petits pas de glisse! Des sentiers, nous rejoignons le premier sentier légendaire du parcours, Gillepsie, ouvert à la fin des années 20, début des années 30, pour relier la ferme familiale à l’école, puis à d’autres villages. Cette famille Kerr-Gillepsie, d’origine suédoise, a choisi le drapeau de la Suède pour baliser le sentier. Notre guide Jean-François, a travaillé sur le projet, parcouru les sentiers et il se plaît à nous raconter l’histoire. C’est ainsi que nous apprenons que les deux frères étaient des amateurs de compétitions de ski. Infatigables, ils partaient de la ferme familiale en ski, participaient à la compétition, et revenaient en ski! La journée se poursuit de montées en descentes, la traversée du Lac Lasalle enneigé, pour rejoindre le sentier Mustafa! Une belle montée au soleil couchant, vers un magnifique point de vue, la récompense de l’effort après pas loin de 5 h de ski nordique.

Le dernier des 13 kilomètres de sentier, nous conduit au cœur du domaine de l’hôtel Far Hills à Val-Morin, un site enchanteur et paradis du plein air. Nous découvrons Le Pavillon Spruce Lodge, un des deux pavillons qui ont été rénovés entre 2019 et 2020. Riche de son histoire alors qu’il était un hôtel prisé des skieurs dans les années 40, l’hôtel a conservé un cachet chaleureux, de belles chambres boisées, une grande salle pour les soirées libres et petits-déjeuners disponibles. Notre guide nous prépare un souper bien mérité offert par la microbrasserie Shawbridge.

Jour 2 – Du Far Hills à la gare de Mont-Rolland à Sainte-Adèle 

Après une bonne nuit dans mon lit douillet, un bon petit-déjeuner buffet, je suis prête pour cette journée légendaire où nous parcourrons une partie de la Maple Leaf, le chef d’oeuvre de Jackrabbit, ainsi que la Johannsen Est. J’ai découvert l’histoire légendaire de Herman Smith-Johannsen, dit Jackrabbit, cet athlète, supercentenaire norvégien canadien. Il est l’un des premiers à introduire le ski de fond en Amérique du Nord, et atteint un statut légendaire au Canada. Une grande partie du défrichage de l’iconique sentier de la Maple Leaf, un réseau incroyable de 128 km de sentiers, qui relie les villages de Labelle à Shawbridge (Prévost), en passant par Tremblant lui est due!

Alors que Geneviève nous quitte, Ellie, est arrivée la veille de la Pennsylvanie et elle se joint à nous pour les deux prochaines journées.  Elle a réservé son séjour auprès de Windigo Aventure. La tempête qui nous a laissé un bon 80 cm de neige a posé des problèmes aux aéroports et elle a dû décaler son arrivée! Cependant, sourire aux lèvres, elle aussi est prête à enchaîner sur cette journée qui s’annonce exceptionnelle, de Val-Morin à Sainte-Adèle. Nous partons pour 19 km de plaisirs blancs!

De retour sur le sentier Stevenson sur lequel nous avons terminé notre première journée, c’est un départ en descente hors-piste, ou parfois certains pourraient se permettre de descendre de côté, plutôt que d’envisager une perte de contrôle et la chute! La section du sentier Maple Leaf qui rejoindra le sentier Oxford-Cambridge, et le Johannsen, se déclinent entre de douces montées, des descentes, et des traversées de lacs enneigés, 5 au total. Il arrive que nous ayons de la « Slosh » sur les lacs, de la neige mouillée et collante pour les skis. Rien de majeur, mais, cela alourdie les pas, la glisse est alors un peu plus difficile. Un truc, ne jamais suivre de trop prêt le skieur qui te précède, se faire léger comme un lièvre, comme Jackrabbitt! Une fois au bout des lacs, à l’abri du vent, il est temps de sortir le « grattoir » et d’enlever celle-ci, à moins qu’une côte s’annonce, et là, la slosh remplacera alors la peau de phoque! 

J’ai pris le rythme des skieurs, en symbiose avec la nature, nous avançons en équipe une glisse, un pas à la fois. Équipé de notre sac à dos de jour, l’utilité de celui-ci se confirme, à chaque pose! En effet, nous ajustons souvent nos vêtements. Face au vent, on veut limiter d’être traversé par le froid, le coupe-vent Goretex s’enfile bien, les lunettes de ski sont pratiques. Lors des pauses, il faut rester au chaud, alors on sort de notre sac à dos la « couche » supplémentaire, la veste matelassée, idéalement avec une capuche. Le choix de vêtements en couches est à recommander, une stratégie pour demeurer au chaud (ou au frais). Il est important de multiplier les petites pauses, de s’hydrater avec de l’eau, une boisson chaude ou un potage! Merci à Shawbridge pour les bons repas, les fudges au chocolat et le potage! Nous avons été gâtés! La devise est bien « Mange avant d’avoir faim ».  On se rapproche de la civilisation, traversant des propriétés privées qui l’hiver venu, sont accessibles à tous via les sentiers de ski nordique. Merci à la communauté de plein air, c’est quand même réjouissant de voir que des propriétaires de terrain laissent les skieurs passer sur leurs terres!

Alors que nous nous rapprochons de notre objectif, nous rejoignons le sentier Létourneau, qui nous conduira à travers la forêt, sur une belle descente progressive dans le parc de la rivière Doncaster, vers le relais du père Eddy, un beau refuge chauffé où viennent se poser les skieurs de fond et de ski nordique. Puis grignotage avant de prendre une marche dans le sentier qui longe la rivière, jusqu’aux chutes. Dernière étape sur le P’tit Train du Nord jusqu’à l’ancienne gare de Sainte-Adèle. Je place mes skis dans le tracé et c’est parti, pour quelques kilomètres de plaisir avec le guide Jean-François. La pause finale au fameux Café de la Gare de Mont-Rolland, pour un bon chocolat chaud, bière locale pour d’autres. Il nous restera quelques pas à faire pour rejoindre l’auberge Au Clos Rolland, un gîte ancestral au décor enchanteur, tranquille, accueillant où il fait bon nous déposer pour une nuit. La maison patrimoniale fut anciennement habitée par la famille Rolland, bien connue pour ses usines de papier fin. 

 Jour 3 – Départ de la gare de Mont-Rolland vers Prévost

J’ai adoré ma nuit dans cette chambre d’antan, dans ce Couette & Café, aux airs d’une France que je connais. J’y ai même retrouvé un lustre que nous avions à la maison en Bretagne. J’avais l’impression d’être en famille. Et que dire de ce petit-déjeuner copieux dans la salle à manger ? Trop souvent le matin, tout va vite, et là, nous avons pris ce temps précieux pour bien manger, discuter, sans téléphone. C’est fou comment le plein air nous rapproche des autres, sème un doux bonheur, nous anime. 

Alors et ce pouce… bon, je ne suis pas du genre à me plaindre, mais là, j’ai mal, il est en feu. Je file chez Expresso Sports, je récupère par chance des bottes, une pointure au-dessus est disponible. Et c’est sous la neige que nous entamons la 3e journée.  Nous voilà, sur la piste du P’tit Train du Nord, jusqu’au panneau qui nous rappelle l’histoire de l’usine La Rolland, héritage d’une industrie. En moins d’un kilomètre, nous entrons donc dans le sentier patrimonial, Whizzard. Sur certaines pancartes, on peut lire « Whizzard Ski depuis toujours » dit si bien avec un gros sourire, par notre guide « FOR EVER »! s’ajoute à cette pancarte un « Merci Jean-Paul ( Eddy) Fortier (1918-1993) intronisé au Temple de la Renommée comme bâtisseur de piste de ski nordique à Mont-Rolland ». Nous sommes toujours sur Les Routes Blanches, le sentier dans la forêt est magnifique. Tranquillement nous rejoignons « la forêt des quatre versants » en direction du mont Olympia. Seul mon pouce fatigue…et crie.  Après le calme de l’arrière-pays, nous devons passer par le centre de ski du mont Olympia, en ce dimanche achalandé! C’est le contraste de la journée! Pause lunch au chalet. De mon côté, je prends la décision d’arrêter là…mon pouce me fait trop mal. Je les retrouverais 2 h plus tard pour célébrer à Prévost au Pub Shawbridge!

Il n’en restait pas long, mais parfois il faut savoir écouter son corps. Alors ils sont repartis pour faire l’ascension du mont Olympia avec les peaux sous les skis, puis redescendre la réserve naturelle Alfred-Kelly, traversée par une superbe paroi rocheuse, et terminer sur le P’tit Train du Nord!

Une randonnée en ski nordique qui me ravit : 3 jours de bonheur blanc, un peu d’effort, de belles glisses en forêt, un souffle à la fois, à mon rythme, des paysages magnifiques, un guide exceptionnel, de bonnes pauses repas savoureuses (merci Shawbridge), une logistique au point (merci Maxim), des hébergements confortables et chaleureux. 


Par Fabienne Hervé